Anarchisme et adoration

#Bébés

par Fanny Taillandier

En français, on a pris l’habitude d’appeler improprement dièze le symbole précédant les hashtags, ces trend-topics qui alimentent le débat médiatique. Mais on a aussi importé du nouchi, l’argot d’Abidjan, le mot djèze, qui se prononce pareil et qui veut dire affaire. À mi-chemin entre le bruit du monde et les mots des gens, cette chronique trace sa route dans ce qui nous occupe.

Room 2

par Stephen Vuillemin

Romaric Godin

par Aïnhoa Jean-Calmettes

Le capital est un blob : il colonise votre jardin et, quand vous tentez de le raisonner, il bave dans votre frigo. Sa seule logique est l’expansion. En mal de croissance, le capitalisme s’est hybridé avec l’État pour fabriquer des guerres et écouler ses tanks. État des lieux avec Romaric Godin, journaliste à Mediapart, contre la « gestion autoritaire du désastre ».

Dahlia de la Cerda

par Salomé Kiner · visuels: Marie Taillefer

Au Mexique, la mainmise des cartels infiltre la société jusque dans son vocabulaire et sa production musicale. Les protagonistes du deuxième roman de Dahlia de la Cerda, Mexico Médée, vivent au rythme des corridos bélicos, un sous-genre de chansons traditionnelles caractérisé par l’apologie de la drogue et des narcos. Ce sont des femmes qui s’apprêtent à devenir mère, refusent de l’être, ou cherchent un fils égaré dans la jungle du banditisme. Toutes croisent la route d’une femme tatouée aux cheveux longs comme des serpents, qui déboule en Volkswagen Jetta vert fluo pour leur porter secours. Cette Médée contemporaine est l’alter ego fictionnel de Dahlia de la Cerda. Codirectrice de Morras Help Morras, un collectif pour l’émancipation des femmes en zones périurbaines, l’autrice puise dans ce travail de terrain et sa propre expérience de la féminité pour donner vie à des héroïnes badass. Rencontre chez elle à Aguascalientes, capitale de l’État conservateur du même nom, où l’écrivaine mexicaine se soucie davantage des luttes de sa communauté que des humeurs du petit monde éditorial.

L’Amérique perd les têtes

par Thomas Corlin · visuels: Romane Granger

C’est officiel : les États-Unis ont rejoint la liste des pays d’où l’on exfiltre des scientifiques. Censure, menaces et gel des moyens : la sphère MAGA persécute le savoir et des enseignants- chercheurs mettent les voiles. Une aubaine pour la France, qui se rêve en « pays de rechange de la liberté ». Sauf que les facs n’ont plus d’argent à cause de Macron. Tour d’horizon transatlantique d’un monde universitaire sous pression, où le bluff est un module obligatoire.

Antoine Martin

Ici, un exorcisme express sur une scène de crime. Là, une discussion de crise entre membres d’un gang prêt à laver le sang de l’un des siens. Dans les situations les plus critiques, Antoine Martin s’évertue à penser une éthique de la position et du regard. Sur la forme, sa photographie en clair-obscur porte l’étrangeté d’une pratique plasticienne ; dans le fond, sa dimension sociétale la rapproche d’une démarche de photojournaliste. Habitées par des grappes de protagonistes, ses images sont nourries de rencontres et d’un long travail de terrain. « J’imprime des photos dans un carnet, et quand je rencontre des gens dans la rue, je leur montre mes clichés. On échange, on prend le temps. » À Miami auprès des communautés latinos, caribéennes et afro-américaines qui peuplent les différents quartiers populaires ; à la Sorbonne, au sein d’un programme scientifique de pointe ; à Port-au-Prince, auprès des rares populations qui échappent à la domination des gangs. Son flash sur trépied dessine les silhouettes, sculpte le réel, permet d’être toujours au bon endroit, au bon moment. Par la lumière, le jeune Français circonscrit les zones d’attention, plonge dans l’ombre les détails superflus du décor pour dévoiler ce qui compte vraiment : les visages et les gestes. Antoine Martin cherche l’authenticité, sans se refuser les artifices de la lumière dirigée, une anti-mise en scène qui nécessite paradoxalement un équipement lourd et contraignant. Tout cela pour capturer « l’événement », dans sa rareté et son aspect inédit – l’essence même de la photographie.

Pedro Pinho

par Iris Deniau, Jean-Roch de Logivière · visuels: Louis Canadas

Le sang des autres

Marseille, 2026

par Émile Poivet · visuels: Jean Kader

La « guerre à la drogue » est déclarée : depuis quelques mois, la préfecture a inventé les opérations « Jumbo » pour pilonner massivement les points de deal de l’hypercentre marseillais. Sauf que l’affaire tourne à la chasse aux personnes sans-papiers sans vraiment déranger le narcotrafic. On appelle ça des rafles. En période préélectorale, tout est bon pour faire rimer « immigration » avec « insécurité ». Arpentage entre la gare et le Vieux-Port, où des formes d’autodéfense populaire ont commencé à s’inventer.

Thomas Prior

La lumière est surréelle, jaune ou blanche. Des scènes les plus banales – deux pigeons copulent sur l’asphalte, les rayons du soleil couchant traversent les vitres d’un building – se dégagent une impression d’étrangeté. Les images sont nettes, léchées. Thomas Prior passe le monde sous vernis. Depuis New York, le photographe est aux premières loges pour raconter la transformation fulgurante de notre monde occidental : artificialisation de l’expérience humaine, emballement de la violence politique, omnipotence des techno-capitalistes. Sur un cliché, des tables de bistro semblent avoir été renversées par une bourrasque, sur la suivante, le même vent soulève la poudreuse. Avec un regard quasi chirurgical, Thomas Prior repère les signaux faibles du grand basculement à venir. Dans Slip Me the Master Key , monographie éditée chez Loose Joints qui rassemble 20 années de photographie, une force pousse les nuages, fait voler le sable sur la plage ou trembler la fine paroi d’un emballage plastique. La catastrophe est à venir, mais les images sont habitées par une sérénité paradoxale, le calme avant la tempête.

Amandine Gay

par Aïnhoa Jean-Calmettes · visuels: Louise Desnos

Nous savons que les corpus universitaires sont noyautés par des hommes blancs. Il faudrait exiger des principaux concernés qu’ils fassent l’archéologie de leur domination. Retourner la charge de la question : à quand des whiteness studies ? C’est ce qu’entreprend l’autrice dans Vivre, libre, exploration exhaustive des zones d’influence de la suprématie blanche.

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