Catastrophe

C’est la catastrophe !

by Jean-Luc Nancy

Entretien avec Danielle Cohen-Levinas

Philosophes à l’écoute dans la catastrophe continue

by Tomokazu Baba

J’avais l’habitude d’écouter la radio en me réveillant. Ce matin-là, je l’avais allumée comme d’habitude. Alors que j’étais à moitié éveillé, j’ai entendu « Grosse vague noire ». Je ne pouvais pas me représenter sa dimension réelle avant d’allumer la télévision. Comme tout le monde, j’ai été happé pendant des heures par les images diffusées. C’était le matin du 11 mars 2011. J’habitais à l’époque à Paris. J’ai pris alors contact avec mes proches au Japon, et j’ai appris qu’ils étaient tous sains et saufs. Je ne comprenais pas encore bien la gravité de la situation. En me forçant à espérer que les dégâts n’étaient pas trop graves, je suis sorti pour aller travailler à la bibliothèque. J’ai essayé de me comporter autant que possible comme d’habitude. J’ai refoulé ainsi ma peur.

L’avenir des catastrophes

by Serge Margel

Sur l’hypothèse politique du principe de précaution

Catastrophe and Humanity

by Zoran Dimić

The essence of a catastrophe is today usually estimated by measuring its proportion of material destruction and above all by the number of lost human lives. We express the being of a catastrophe through numbers, records, scales and proportions. Is it that that catastrophe is really something numerable? Computing and calculating could lead us perhaps to some humanitarian issues, but not to the question of humanity. In order to fully understand the problem of catastrophe and its relationship to humanity we have to focus our attention to the establishment of modern science. Instead of leading us to the dispute on the essence of catastrophe, modern science led us to the computation of catastrophe. Magnitudes, numbers, and sizes led us to predictions of the future. But, as we all know, the prediction of a catastrophe is not possible. The objective of the paper is to turn (strophe) the talk about catastrophe from the future and to direct it to the past. In this way it loses its cataclysmic and disastrous tone and gains a “human face”. Catastrophe is simply a turning point in the life of people. Life is breakable and fragile. The life of people on the Earth is full of terrible disasters which always recur. The only way to manage the catastrophes is to turn them to the advantage of humanity. The main interest of humanity is to keep its youthfulness and not to let terrible events make it old.

Le silence de la guerre

by Michael Holland

Au départ donc, deux citations : l’une de littérature, l’autre de philosophie, jumelage ou plutôt juxtaposition qui indique la position précaire à partir de laquelle je cherche à parler : celle d’un littéraire qui, n’étant pas philosophe, s’aventure néanmoins à avancer des propos concernant la philosophie à l’épreuve de la guerre.

Questions à Jean-Luc Nancy

by Yuji Nishiyama, Yotetsu Tonaki

La traduction japonaise de votre ouvrage Après Fukushima a eu un certain retentissement au Japon, car il s’agit d’une première réponse sincère et précieuse de la part d’un philosophe étranger. Après la catastrophe à Fukushima, vous avez mené dans cet ouvrage une réflexion philosophique sur la configuration du capitalisme et de la technique (vous l’avez nommé l’ « écotechnie ») responsable de la catastrophe dans notre civilisation. Permettez-moi de vous poser une des questions qui manque dans votre réflexion : il s’agit de la question de la victime, voire du travail de deuil après la catastrophe. La caractéristique de la catastrophe, c’est le grand nombre de victimes (morts, disparus, réfugiés, etc.) Il nous reste la question de la responsabilité de ces victimes. En conclusion, vous avez remarqué « un présent dans lequel se présente quelque chose ou quelqu’un : le présent d’une venue, d’une approche » (p.64). Il s’agit là « d’une considération particulière, d’une attention et d’une tension, d’un respect, voire de ce qu’on peut aller jusqu’à nommer une adoration tournée vers la singularité en tant que telle » (p.66) pour détourner de l’équivalence générale. Ma question est la suivante : la question de la responsabilité des victimes permet-elle aussi de dénoncer l’équivalence catastrophique, d’affirmer un communisme de l’inéquivalence (p.69) ?

Architecture nucléaire/post nucléaire : construire dans la catastrophe

by Jérôme Lèbre

Parce que mon discours s’inscrit dans le genre constitué par la somme des réflexions, paroles, écrits sur la ou les catastrophes, je ne parlerai pas à la première personne. Les autobiographies ou autofictions qui ont fait suite au Tsunami du Sri Lanka en 2004, ou aux catastrophes Japonaises, m’ont amené à l’idée qu’il fallait plutôt laisser ce discours personnel aux survivants. D’autres discours sont possibles : la poésie et son poids de silence, la chronique qui renonce aux belles phrases et au nom d’auteur.